Le 27 février un tribunal de Lepizig en Allemagne entérinait l’interdiction d’accès des centres-villes aux moteurs diesel. Dans la foulée tous les médias reprenaient la nouvelle avec force annonçant un nouveau cataclysme autour du sujet.

Passé les effets de manche, il convient de remettre une pincée de mesure dans ces constats alarmistes. Quel impact donner à cette décision sur la base de calculs simplifiés mais basés sur des données et non un ressenti?
Le tribunal de Leipzig a autorisé, aux agglomérations le souhaitant, d’interdire l’accès des centres villes aux véhicules diesel dont les normes sont antérieures au standard EURO 6, c’est à dire les véhicules mis à la route avant septembre 2015, et ce à partir de septembre 2019.

  1. Sur la base des dernières statistiques de l’ACEA (page 45) la durée de détention moyenne d’un véhicule en Allemagne est d’environ 9 ans. On peut donc raisonnablement considérer que d’ici la publication de ces interdictions environ 4 années se seront écoulées soit 44% du parc auto allemand qui aura été renouvelé et donc à la norme Euro 6 autorisée en centre ville.
  2. Les flottes de véhicules d’entreprises représentent quant à elles environ 10% du marché allemand et sont louées selon le CVO en moyenne 3,6 ans. On peut donc raisonnablement considérer le parc des flottes d’entreprises sera intégralement passé en Euro 6 au moment de la mise en œuvre de ces mesures restrictives. Des 66% de véhicules qui restaient du point précédent on passe à 56% de véhicules potentiellement impactés.
  3. Enfin 2015, le parc Allemand de véhicules était à plus de 60% déjà en essence, et la tendance est restée relativement stable. Ce parc n’étant pas concerné par la mesure du tribunal, on peut considérer que (en négligeant les motorisations alternatives alors peu vendues) 40% du parc était alors en diesel soit 40% des 56% qui restaient, soit 22,4% du parc roulant.
  4. Tout le monde ne réside pas en ville et toutes les villes n’ont pas encore annoncé la mise en œuvre de mesures anti Diesel. Ainsi en 2016, 24,5% des Allemands vivaient en zone rural. La mesure concernerait donc potentiellement 17% du parc auto allemand et cela si toutes les villes prenaient des mesures anti Diesel au 1er septembre 2019, ce qui semble peu probable.

Dans un pays où l’industrie automobile occupe un range majeur, des finances saines et une volonté d’avancer sur le sujet environnemental, il est probable que, comme en 2009, le gouvernement allemand crée un prime à la casse pour accompagner cette transition vers l’essence. D’un risque pourrait sortir un effet d’aubaine pour les constructeurs qui auront les gammes essence, hybride et électrique les plus performantes au moment de ces changements.

Si cette nouvelle est importante, elle s’inscrit dans un processus en marche et inéluctable de sortie du diesel. En revanche la recherche permanente de titres tapageurs dans les médias risque d’avoir pour effet collatéral une accélération d’une tendance de fond donnant de plus en plus à ces annonces les caractéristiques de prophéties auto réalisatrices.

Les à-coups de marché sont certes des opportunités pour faire changer le marché mais ces soubresauts sont les plus à même de forcer les loueurs à saborder les valeurs résiduelles de moteur diesel sur tous les marchés. A date le surcoût d’un moteur essence en France est important, du fait de la fiscalité et de la surconsommation des moteurs essence : il ne permet pas encore la bascule des gros rouleurs sur ces motorisations. Pour autant la dégradation des VR s’applique à tous les modèles et a déjà pour conséquences un renchérissement inévitable des flottes dont certains acheteurs pressentent la hausse mais n’en n’ont pas encore réellement pris la mesure.